Dimanche 7 novembre 2010
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16:30
C'était un beau dimanche. La neige commencait à peine à tomber dans les rues de Paris; il y avait des gens partout. Bientôt noël. Pour une
fois, la nature nous avait offert un bel hiver, rude certes, mais blanc. Cette blancheur qui unifiait tout le paysage. certains ronchonnaient, mais on voyait le bonheur dans les yeux des enfants
et des rêveurs. Adèle faisait partie de la seconde catégorie. Au matin, au moment où les premiers flocons commençaient à tomber, ses yeux s'étaient ouverts. C'était comme si la nature l'avait
appelée. "Réveille toi, adèle. Aujourd'hui, c'est à toi que j'offre du bonheur." Il était six heures. Elle qui d'habitude passait des heures à se lever, elle avait presque sauté du lit.
En
quelques minutes, elle était prête. Un pantalon bleu, des bottines (celles avec la fourrure, ces préférées), un tee-shirt gris, et un pull
bien sur, avec une capuche, le grand avec des personnages de comics dessus. Elle ajouta quelques accessoires qui étaient de rigueur: un petit bonnet en laine noire; des gants, noirs
eux aussi; et son grand manteau blanc qu'elle adorait, et pour lequel elle avait économisé pendant six mois. Avant de partir, elle était
revenue dans la chambre et avait embrassé Tristan. Il avait papilloné délicatement des yeux avant de se réveiller, et de lui rendre son baiser. Il avait juste eu le temps de lui dire "je
t'aime", et elle était partie. Il faisait à peine jour; le ciel était si gris que, lorsqu'elle levait les yeux, elle avait l'impression qu'il pleuvait des cendres.
Pourtant elle ne perdit en aucun cas sa bonne humeur. Elle s'engouffra dans des ruelles qu'elle avait decouvertes lorsqu'elle était
petite.
C'était une amoureuse de Paris: elle y avait toujours vécu et y vivrai toujours. Elle avait déjà voyagé: New york, Casablanca, Tokyo, Shangai,
et tellement d'autres
villes qu'elle ne pourrait pas les citer. Mais très peu de temps: deux; trois jours seulement. En avion toujours. Avec ses parents. A présent,
elle vivait avec Tristan dans un petit appartement sous les toits, qu'ils louaient à un prix défiant toute concurrence. Elle aimait la promiscuité et l'intimité qui se dégageait du lieu; les
toits penchés; le bruit de la pluie sur les carreaux; les piallements des oiseaux si proches d'eux; la petite cheminée en briques; les fênetres en chien
assis. Pour amplifier sa perfection, il se trouvait en plein coeur de Paris.
Elle arriva place de la concorde, où se pressaient déjà une foule de touristes en quète de cadeaux hors de prix et d'argent à dépenser sur
l'avenue des champs élisés. Elle s'arreta un instant pour contempler les lumières des illuminations de noël, qui tranchaient avec le ciel maussade. Une à une, elle les vit s'éteindre. Elle
observa l'obélisque, en pensant à tout ce qu'elle subissait depuis qu'elle devait être à Paris, et notamment la neige, qu'elle n'avait pas du voir souvent en Egypte. L'émerveillement était total
face à cette ville encore à moitié endormie et déjà recouverte d'un fin voile blanc. Après avoir observé chaque visage, chaque objet et
chaque véhicule, elle se ressaisit, mis en marche ses jambes engourdies par le froid et pris la direction du jardin des tuileries. Là bas, les
arbres étaient couverts poudre blanche. Un groupe d'enfants construisaient un muraille de neige, tandis que d'autres les attaquaient à coup de boules glacées. Quelques plus jeunes
s'initiaient à la sculpture. Ainsi passa sa journée, à flanner dans les parcs et les rues où reignaient une atmosphère magique. A midi,
elle rentra, satisfaite de sa matiné de bonheur.
Lorsqu'elle ouvrit la porte, un miaulement rauque se fit entendre. Elle n'avait jamais eu de chat mais les adorait. Un chat dans un
appartement, ça n'est pas raisonnable, d'après Tristan. Mais il n'était pas là pour lui faire la morale: il avait disparu. Elle enleva ses chaussures tout en l'apellant. Enleva son bonnet en
criant. Ota ses gants en explorant chaque pièce. Son manteau tomba au sol au moment où elle se mit à pleurer. Elle tenta de se raisonner: il devait etre parti chercher du pain; faire des
courses; se promenner ou... ou peut etre même la chercher ! Elle sanglotait à présent. Sans vraiment y croire, elle essaya de téléphoner. Une mélodie joyeuse sortit de l'entrée. Remplie d'espoir,
elle se dirigea vers le son. Le manteau de Tristan était tristement accroché sur un ceintre; elle plongea la main dans la poche d'où en tira le portable neuf criant encore l'appel d'Adèle.
Ses yeux se fermèrent doucement. Elle pensa:"Réléchis, Adèle, réfléchis. Tu sais que premièrement, Tristan ne sort jamais sans son portable;
deuxièmement, il n'a
qu'un seul manteau qui est ici, devant tes yeux, et il fait bien trop froid pour sortir légèrement vêtu; troisièmement (elle fit le tour de
l'appartement) les fênetres sont trop hautes pour sortir par là... à moins de vouloir se tuer. (un frisson de peur la parcourrut) Impossible ! Elles sont fermées de l'intérieur. Et si
quelqu'un
s'était tué j'aurai été prévenue... Reprenons. Quatrièmement, toutes ses affaires sont en place. Cinquièmement, s'il était sorti, il aurait
laissé un mot. Parce que... parce que sixièmement, je crois qu'il m'aime trop pour partir ainsi."
Tout l'après midi, elle avait attendu. Le chat inconnu suivait chacun de ses pas. Elle s'habituait facilement à sa présence. En fait, c'était
comme s'il avait toujours été là. Elle lui donna une boite de sardines, rescapée de l'apétit d'ogre de son tristan. Il se jetta dessus. en le voyant manger, elle su qu'il ne reviendrai
pas.
Pourtant, toute la nuit, elle l'attendit. Pour se changer les idées, elle chercha un nom au chat. Elle le regarda dans les yeux, et ses
pupilles dilatées pétillantes d'intelligence et d'un noir profond lui rapelèrent les soirs où elle regardait les étoiles avec Tristan.
Elle l'apella minuit.